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Tirs de Loups : lettre ouverte à la directrice de la DDT Drôme

Lettre ouverte à madame Isabelle NUTI, directrice de la Direction départementale des territoires (DDT Drôme)

Madame,

Selon le dernier tableau des dommages « loups » publié par la DDT 26, il apparait que M. Didier BEYNET (membre du bureau de la Chambre d’agriculture drômoise et gérant du GAEC de la Grange Neuve à Saint-Nazaire-le-désert, 26340), sur la montagne de Praloubeau (commune de Chalencon, 26470), a perdu, cette année, 5 brebis (sur un troupeau d’environ 600 brebis ; soit une perte totale de 8 pour 1000 -O,8 %- attribuée au loup…). (aucun dommage loup durant les douze mois précédents ; voire les 24 derniers mois).

Pourtant, à sa demande, une louve a été abattue le 15 août 2022 dans le cadre d’un Tir de défense renforcé (TDR) ; sans effet, puisque trois jours plus tard, le 18 août, monsieur Didier BEYNET déclarait une nouvelle prédation d’une brebis…

Il n’est pas exclu, voire probable, compte tenu de la dérégulation des tirs dérogatoires (174 loups à abattre d’ici novembre 2022) que monsieur BEYNET fasse encore usage de son arrêté TDR pour tuer un nouveau loup et rien ne l’empêchera de prolonger ses tirs jusqu’à ce que le quota national soit épuisé.

La louve abattue fait très probablement partie de la meute « Roanne ». Une meute qui fait très peu parler d’elle (il suffit de regarder la carte des dommages depuis plusieurs années). Cette meute risque, si l’un des alphas venait à être tué (1), de subir une forte déstabilisation avec les conséquences maintes fois dénoncées par tous les biologistes, du report de la prédation sur les troupeaux domestiques.
1- En attente des résultats de l’autopsie, d’après les informations publiées sur certains sites internet hostiles au loup, cette louve serait une subadulte = pas la femelle alpha de cette meute.

Ce qui s’est passé sur ce GAEC drômois n’est qu’un exemple qui illustre ce qui se passe cette année 2022 concernant la gestion des tirs dérogatoires.

Alors que globalement, les dommages de loups sur les brebis stagnent, voire diminuent, l’État inaugure une nouvelle politique qui est celle de « la politique du chiffre ». Pour tenter de calmer les opposants au loup, il faut atteindre très rapidement le quota annuel d’abattage (quota qui approche une hausse de 400 pour cent depuis 2018). Cette politique du chiffre menée à marche forcée concerne tous les départements alpins et préalpins et les informations qui nous parviennent des estives (2) depuis quelques semaines, ne laissent planer aucun doute sur le niveau de la dérégulation en cours en matière de tirs dérogatoires…
2- Tirs accordés sur troupeaux non protégés et sans dommages (bovins) ; multiplication des signalements de manœuvres d’appâtage ; projet de rétablissement des tirs de prélèvement (chasse au loup)…

– Ce climat délétère, décourage les éleveurs qui font de très gros efforts pour essayer de coexister avec les loups ; efforts qui sont souvent couronnés de succès (de multiples exemples drômois). Pourquoi travailler dur pour protéger son troupeau alors qu’il suffit désormais, à partir d’un niveau de dommages insignifiant, de solliciter l’intervention des louvetiers ou de la brigade loup pour faire abattre autant de loups que l’on veut…

– Sauf à réduire la population des loups à quelques dizaines d’individus, cette dérégulation aura pour conséquence une augmentation des dommages (Il n’existe aucune étude permettant de montrer que les tirs de loups agissent efficacement et de manière prolongée sur la réduction des dommages aux troupeaux ; seule une protection adaptée et effective permet d’atteindre cet objectif).

– L’État ne doit se faire aucune illusion, cette dérégulation massive n’aura aucun effet sur l’activisme des opposants au loup ; bien au contraire. Leur objectif est une baisse drastique des effectifs de loups avec un confinement strict de l’espèce à l’Est de la vallée du Rhône. À terme, si le verrou des conventions internationales venait à sauter, l’objectif à peine dissimulé des opposants au loup est l’éradication de l’espèce.

Nous sommes conscients que cette politique relève d’une décision prise à un haut niveau de l’État et ne reflète pas nécessairement l’état d’esprit de tous les responsables administratifs qui, localement, appliquent les consignes ministérielles.

En tant que référent loup de la FRAPNA Drôme et de FNE AuRA, je tenais cependant à vous faire part de mon amertume et de ma grande déception. Je m’exprime ici à titre personnel, mais sachez que cette amertume est partagée par tous les naturalistes responsables qui militent pour une coexistence entre le pastoralisme et les grands prédateurs…

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PS : Les circonstances m’obligent à préciser que le GAEC de la Grange Neuve perçoit annuellement 134 057 euros d’aides publiques dans le cadre de la Politique agricole commune – PAC ; un peu plus de 10 000 (dix mille) euros par mois.
Cette information que chacun peut vérifier sur le site du ministère de l’agriculture (https://www.telepac.agriculture.gouv.fr/telepac/tbp/accueil/accueil.action) sert simplement à éclairer le débat que les organisations professionnelles agricoles situent souvent sur le terrain de l’économie des filières de l’élevage et des aides publiques allouées aux éleveurs.
Les sommes perçues tout à fait légalement par tous les éleveurs dans le cadre de la PAC sont variables selon le type d’élevage et n’ont rien à voir avec la présence ou non des grands prédateurs.
Indépendamment des aides publiques de la PAC, les dommages subis par les éleveurs du fait de la présence de grands prédateurs sont pris en charge financièrement et de manière tout à fait justifiée, par la solidarité nationale (https://www.auvergne-rhone-alpes.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/flashinfoloup-indemnisation.pdf) .

Je vous prie d’agréer, madame, l’expression de ma haute considération.
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Cordialement

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Roger MATHIEU
Référent loup FRAPNA Drôme
Co-référent loup FNE AuRA

24 Rue de la mairie
Le trou du loup
26400 Beaufort-sur-Gervanne


L’association Le Klan du Loup s’associe à la lettre ouverte de Roger Mathieu.
Nous rappelons cependant que la FNE a été partie prenante dans la mise en place des premiers « Plan Loup », plans qui portaient en leurs seins les prémices d’une politique exterminationniste de Canis lupus italicus.

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